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Ouvert, mais obtus

Imaginons 2030 : l’après-révolution connectée

Le magazine ALLIANCY a fait un appel à contributions dans le cadre de son hors-série : Vivre et Travailler en 2030. Voici mon article paru dans les versions papier et digitale de cette publication inspirante que nous vous invitons à consulter.

2030 : l’après-révolution connectée

 

En ce 18 juillet 2030, nous fêtons les 16 ans de ma fille. Elle m’a demandé un chien en cadeau. Cela m’a un peu surpris au début. Dans ma jeunesse, j’ai toujours été passionné par la technologie. Ma génération, celle des années 80, a été témoin de l’émergence du web et de toute la lignée des devices qui ont suivi : smartphones, tablettes, montres connectées et autres wearables en tous genres. Et chaque anniversaire était l’occasion d’en quémander un.

Le web a été d’abord une nouveauté, puis une source d’émerveillement permanente. Je scrutais chaque nouveauté de Apple et consorts, me demandant chaque fois comment telle ou telle fonctionnalité allait peut être un peu plus changer nos vies.

Cela n’a bien entendu pas été le cas pour ma fille, et cela change radicalement notre rapport respectif aux technologies que l’on a longtemps qualifiées de ce mot valise qu’est « digitales ».

Le monde est aujourd’hui interconnecté, partout, en permanence, imperceptiblement. Impossible de dénombrer les objets du quotidien qui disposent de leur version connectée. Un objet connecté est désormais comme un objet électrique : cela fait longtemps que cela n’étonne plus personne. Le web a acquis le don d’ubiquité. Il est devenu comme le sucre dans le lait chaud. On ne le voit pas, mais on le sent. Dilué, il ne semble pas là, mais en réalité il est partout.

Autrement dit, le monde n’est pas ce que j’avais pu imaginer dans mon enfance, c’est-à-dire un monde envahi de gadgets, d’écrans et d’interfaces. C’est même tout l’inverse. La multiplication des écrans au début des années 2000 et la propension de la plupart des fabricants et des marques à gadgétiser leurs produits et multiplier les applications semblait aller dans ce sens. Sans toujours savoir pourquoi, chacun essayait de se montrer plus moderne et innovant que le concurrent.

Mais autour de l’année 2015 cette tendance a subi une forte inflexion. C’est à cette époque que se sont popularisés les préceptes de designers tels que Golden Krishna dans son livre « The Best interface is no interface », apportant une vision plus que critique à la tendance naturelle de la sacro-sainte Silicon Valley à mettre des écrans et des interfaces partout. On y soulignait que les designers avaient longtemps confondu UI (interface utilisateur) et UX (expérience utilisateur). Ils avaient tendance à viser l’utilisateur d’un site, d’une application ou d’un écran, et non un individu consommant un produit, un service ou vivant une expérience ; le monde digital s’étant d’abord organisé en sites et services fractionnés. La bataille s’était bornée à une course au trafic, à la visibilité et au temps d’exposition à ces interfaces. Or, par définition l’interface est ce qui se met sur le chemin entre l’utilisateur et l’outil, le produit ou le service utilisé. Autrement dit, l’accumulation d’écrans, de pages dans notre quotidien constituait autant d’interférences.

Alliancy2030

A partir du moment où le web et les services digitaux ont gagné en maturité, tant du point de vue des utilisateurs que des créateurs, la concurrence s’est resserrée et ces derniers ont dû revoir leurs indicateurs de performance. Il ne s’agissait donc plus simplement d’avoir des utilisateurs, mais d’avoir des clients. Autrement dit, la réflexion conscrite à des problématiques d’usage d’interfaces s’est élargie à la notion d’expérience globale, réelle autant que digitale. La technologie n’est alors plus une finalité, mais une simple composante de cette expérience.

Nous avons ainsi limité tant bien que mal les sollicitations perpétuelles sous forme de notifications et les paramétrages complexes, pour se diriger de plus en plus vers une technologie qui se fait oublier. Tous les écrans et les interfaces non nécessaires ont alors peu à peu disparu, tels des dinosaures, pour laisser place à de nouveaux outils plus intelligents ; des outils pas nécessairement équipés de lourds bardas de composants et processeurs, puisque la connexion des objets entre eux, les data collectées et la puissance des algorithmes auto-apprenants et prédictifs permet de déporter en grande partie cette intelligence. En fait quelques composants bon marché suffisent aujourd’hui à rendre intelligent à peu près n’importe quel objet. La plupart des objets sont donc devenus connectables, capables de mieux servir nos envies et nos besoins, et de les anticiper. Dans beaucoup de secteurs d’activité, cette intelligence décentralisée, a par ailleurs modifié les business models, puisque la valeur ajoutée n’est plus nécessairement dans l’objet lui-même, mais dans les services associés, dans leur capacité à s’adjoindre les meilleurs algorithmes, à agréger un maximum de data utiles, etc.

Comme celle de l’électricité, la puissance du digital est donc devenue invisible et c’est pour cela que la nouvelle génération ne prête pratiquement plus attention à la plupart de ces attributs, tant ils lui paraissent naturels.

Pour son anniversaire, ma fille a demandé un chien. C’est là qu’est pour elle tout l’attrait et la source d’émerveillement de son cadeau. Son chien sera bien entendu équipé d’un collier connecté bon marché, bardé de capteurs qui, associé au service en ligne de l’assurance, nous permettra de le retrouver facilement s’il venait à s’échapper, de surveiller sa santé, de définir automatiquement son régime alimentaire, d’anticiper certaines maladies, etc. Tout ceci semble assez naturel pour ma fille et elle n’y prête pas vraiment attention. Mais c’est ce qui me permet, à moi, de mesurer le chemin parcouru depuis l’arrivée des technologies digitales dans nos vies.


Cet article a été publié le 26 octobre 2015 sur le blog du Lab SQLI.
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Ce blog recense nos réflexions en essayant d'éviter autant que possible les buzzwords, les lieux communs et les fausses bonnes idées.

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